Saint-Charles-Borromée, le 27 août 2026 – Pile sur le déclenchement des élections provinciales, le Syndicat des travailleuses et travailleurs du CISSS de Lanaudière–CSN (STTCISSSL-CSN) et le Syndicat des travailleuses et travailleurs des Laurentides en santé et services sociaux–CSN (STTLSSSCSN) ont tenu un rassemblement pour dénoncer les crises majeures qui secouent le réseau public de santé et de services sociaux québécois et inviter leurs membres et la population à s’intéresser activement à la campagne qui débute.
Poursuivant une série d’actions amorcées en juin pour lancer un ultimatum au gouvernement pour exiger des actions concrètes afin de relever le réseau public, les deux syndicats constatent que rien n’a été fait pour répondre aux quatre revendications urgentes du personnel : un moratoire sur les réorganisations imposées par Santé Québec, le paiement d’une prime conventionnée en retard depuis deux ans, une mesure pour forcer Santé Québec à la transparence sur la privatisation et des mesures pressantes pour mettre fin au cycle infernal alliant austérité, surcharge, épuisement et accidents de travail, le tout inspiré par les revendications de la campagne Faire Front de la CSN.
Aussi, le syndicat lanaudois a tenu ce jeudi un grand rassemblement au Centre Hospitalier de Lanaudière à Saint-Charles-Borromée, accueillant plusieurs centaines de ses membres qui y travaillent. En pleine tournée estivale, les personnes élues de l’équipe syndicale ont choisi d’organiser une épluchette de blé d’Inde, clin d’œil aux événements traditionnels des campagnes électorales. Rejoints par leurs camarades des Laurentides, par la Présidente du Conseil central de Lanaudière, Patricia Rivest, et par le 2e Vice-Président de la CSN et responsable du dossier santé, David Bergeron-Cyr, ils ont souligné la gravité des enjeux et l’urgence des mesures revendiquées, autant pour le bien du personnel que celui de la population.
Santé Québec trahit les droits des travailleuses et des travailleurs
Depuis deux ans, l’agence fondée pour centraliser la gouvernance du réseau public a systématiquement mis de côté le personnel : il est loin le temps où les anges gardiens, au chevet de la santé de la population face à la pandémie, étaient remerciés pour leur courage et leur dévouement. Les décisions de Santé Québec attaquent même carrément leurs droits. Entre autres, l’agence a annoncé une réorganisation qui arrachera des centaines d’employé·es de services administratifs vitaux à la stabilité des ressources et la qualité des soins, comme la dotation, le bureau de santé, la rémunération et le commissariat aux plaintes. Ces équipes seront enlevées aux établissements régionaux pour être centralisées à Santé Québec, ce qui menace la neutralité de la gestion des plaintes des usagers et la capacité des établissements à s’adapter aux besoins de leur population. Cela
attaque aussi les droits du travail du personnel, qui se retrouvera non syndiqué, sans convention (donc virtuellement sans droits) et sans garantie de respect de leur ancienneté. Le secret gardé par Santé Québec sur ces aspects crée une vive angoisse, voire une fuite de l’expertise, chez le personnel concerné. Constatant en plus l’impopularité grandissante de l’agence auprès de la population, les syndicats exigent un moratoire sur toute réorganisation centralisatrice.
« Imaginons par exemple que j’ai une maison à Joliette, j’ai fait ma vie, mes enfants ont une école au coin de la rue, et pourtant je ne pourrai plus me choisir de poste nulle part dans la région dans laquelle je travaille » a dénoncé Simon Deschênes, Président du STT du CISSS de Lanaudière CSN » Ce dernier poursuit : « et quand on centralise, on se retrouve avec plein de jobs à Montréal et à Québec, mais plus aucune dans les régions ; c’est ça aussi, le problème des centralisations ! »
De même, Santé Québec échoue toujours à déployer pleinement un droit conventionné et à payer la prime qui en découle… plus de deux ans après son entrée en vigueur ! Pourtant négociée à la demande même de l’employeur, la mesure sur l’autogestion des horaires tarde toujours à être mise en place, et l’employeur est toujours incapable de payer la prime qu’elle implique, et ce plus de 700 jours après l’entrée en vigueur de l’entente. Des milliers de travailleuses et de travailleurs travaillant directement aux soins des patients sont ainsi frustrés de sommes qui leur sont dues, dans un contexte où le coût de la vie ne cesse d’augmenter.
« Maintenant, on va imaginer le contraire : vous devez 7000$ au gouvernement. Comment ça se passe ? Ça va être un peu plus vite, je pense ! Vous allez avoir un avis, voire une saisie sur salaire. Ce qu’on demande, c’est pas un privilège, c’est pas un cadeau ! » a ironisé avec amertume Dominic Presseault, Président du STTLSSS-CSN. « Si c’est pas un vol, on est pas loin, je vous le dis ! C’est plus de 7000$ que les gens attendent ! »
Des topguns en conflit d’intérêts et un réseau affamé, brûlé et blessé
À l’heure de voter, les Québécois et les Québécoises ont le droit d’avoir accès à une information vraie et complète, notamment pour savoir où vont leurs impôts ! Or, Santé Québec garde une main de fer sur les résultats de ses projets de privatisation. Soins à domicile cooptés, sous-traitance croissante, déviation vers les cliniques privées, fuite des médecins du réseau : la privatisation de notre réseau avance à pleine vitesse. Mais Santé Québec cache les retombées de ses choix idéologiques : dernièrement, on apprenait qu’un rapport déposé au Conseil des Ministres sur les chirurgies envoyées au privé a été volontairement gardé secret.
Révélé par les médias, le rapport concluait que le privé coûte plus cher que le public, sans être plus efficace. Les syndicats jugent que la provenance des topguns de Santé Québec, issus du privé, les met en conflit d’intérêts majeur : ils invitent les partis à s’engager à forcer Santé Québec à publier en toute transparence les dépenses et les prestations de soins envoyées au privé. « Il faut en finir avec le mythe avec l’efficacité du secteur privé en santé et services sociaux » résume David Bergeron-Cyr, 2e Vice-Président de la CSN. » « C’est pas vrai que c’est bon ! C’est pas vrai que c’est une solution ! C’est pas vrai que c’est complémentaire au secteur public : c’est un compétiteur ! Ça vampirise la main-d’œuvre, ça vampirise les ressources et l’argent !»
Enfin, les syndicats souhaitent que les partis s’engagent à stopper le cycle infernal qui est en train d’achever le réseau, un cercle vicieux en cours depuis 30 ans. Les coupures forcent le personnel à travailler toujours plus vite, avec moins d’équipements, moins de personnel. Cette cadence insoutenable aggrave la surcharge des équipes, cause un épuisement chronique et généralisé du personnel, réduit la vigilance et mène à une hausse vertigineuse des accidents de travail et des arrêts maladie. Il faut cesser d’exiger du personnel d’en faire toujours plus avec moins. Il est urgent que les partis s’engagent à mettre fin au gel d’embauche du personnel administratif, à injecter des budgets d’urgence en prévention et en formation de santé-sécurité et à instaurer un mécanisme assurant que les dépenses en santé soient à la hauteur des besoins de la population.
Faire le bon choix pour le Québec qu’on veut
Relevant enfin la contradiction d’une élection démocratique dans laquelle les syndicats sont légalement tenus au silence, les porte-paroles des syndicats ont plutôt invité leurs membres à s’intéresser activement à la campagne et aux programmes de tous les partis, à parler de leurs enjeux de travail aux personnes candidates qui iront à leur rencontre dans les prochaines semaines et à oser leur poser des questions, le tout pour faire leur propre choix de façon éclairée. Quand on élit un gouvernement qui deviendra par le fait même notre propre employeur, ce n’est pas une décision à prendre à la légère !
« Quand les candidats viendront cogner à votre porte, gardez-les plus longtemps, posez-leur des questions. C’est le mandat que je vous donne aujourd’hui » a lancé comme défi Patricia Rivest, Présidente du Conseil Central de
Lanaudière – CSN. « Est-ce que ça va rester comme ça dans votre futur gouvernement ? Est-ce que ça va s’arrêter d’être épuisé ? Est-ce qu’on va être remplacé ? Posez-leur la question ! »
Les syndicats et l’ensemble des personnes présentes souhaitent au Québec une élection courageuse, engageante, et dynamique. Une élection positive, basée sur le dialogue collectif et des informations vraies. Enfin, une élection non pas dévoyée par des promesses en l’air, des combats d’ego et des projets déconnectés des besoins de la population, mais plutôt axée sur les véritables priorités, besoins et aspirations individuelles et collectives des Québécoises et des Québécois.
À propos
Le Syndicat des travailleuses et travailleurs du CISSS de Lanaudière (CSN) et le Syndicat des travailleuses et travailleurs des Laurentides en santé et services sociaux (CSN) représentent respectivement environ 7000 et 8400 membres des catégories d’emploi numéro 2 et 3 du réseau de la santé. Ils sont affiliés aux conseils centraux des Laurentides et de Lanaudière, à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) et à la CSN.
